Commune de Simard

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Histoire du 14ème siècle de "Valentine des Bons Amis de Simard"

communiqué par Sylvie Monin-Badey

Communiqué par Sylvie MONIN-BADEY, l'histoire de :

« VALENTINE DES BONS AMIS DE SIMARD »

Au dix neuvième siècle, on racontait encore au coin du feu lors des veillées, cette belle histoire du quatorzième siècle intitulée « Valentine des Bons Amis ou la femme blanche du Grand Pré», ou encore « Valentine, la dame aux Grands Prés »

Le texte de cette légende, présenté ci-dessous, a été publié en 1838 par M POINET, imprimeur à Louhans, dans un petit volume de poésies intitulé « Marie ». L'auteur de ce texte, M Pierre Rebillard, notaire à Simard de 1810 à 1840, a mis en vers cette histoire qui est à l'origine du lieu-dit « les Bons Amis ».

C'est une belle légende de « Dame blanche » qui hante les lieux de « la planche-qu'-est-l'eau » (autre toponyme patois pour désigner ce hameau simardin des « Bons Amis ») et que l'on continuera à raconter aux générations futures.

« En l'an 1350, au hameau des « Granjeans » ou « Grosjeans », dépendant de la commune de Simard, près Louhans, département de Saône-et-Loire, dans un lieu qui est aujourd'hui un pré attenant à la ferme de M Maurice, de Chalon-sur-Saône, s'élevaient deux petites cabanes, couvertes en chaume, l'une habitée par Valentin Guérin, l'autre par Aimable Bertin. La femme de Valentin était la sœur d'Aimable, et Valentine fille de Guerin, devait épouser son cousin germain. Mais la terrible catastrophe décrite en cette histoire, en y mettant empêchement, fit de Valentine une véritable « NINA » qui, dit-on, apparaît toujours et à certains intervalles, dans les lieux témoins de sa fin déplorable. Elle est connue sous le nom de « la femme blanche du Grand Pré ».

Aujourd'hui encore, plusieurs personnes attestent l'avoir vue ; mais elle se retire lentement et s'évanouit à l'approche des curieux ou des passants.

Le sentier qui conduit à l'église passait autrefois vers les deux cabanes. La dernière n'est détruite que depuis environ cinquante ans. Ce sentier a été détourné un peu à l'occident, mais dans sa plus grande étendue, il traverse comme du temps de Valentin, le champ du « Grand-Pré » pour arriver à l'église.

La fontaine est convertie en lavoir. Bon ami Guerin vivait en 1398, quelques uns prétendent que c'est lui et non le tombeau, qui a donné son nom au hameau des « Bons Amis », jadis appelé « les Granjeans ».

« Valentine des Bons Amis ou la femme blanche du Grand Pré » :

Ne troublez pas de l'espérance

Le rêve douloureux ;

Prenez en pitié la souffrance

Et les peines du malheureux.

Voyez ce pré qui de Maurice

Maintenant se joint au pourpris ;

Il vous paraît sans nul indice

Du séjour de deux bons amis ;

Mais cependant de leur mémoire

Il reste encore un souvenir ;

Et l'on redira leur histoire

Aux derniers siècles à venir.

Ne troublez pas de l'espérance

Le rêve douloureux ;

Prenez en pitié la souffrance

Et les peines du malheureux.

Là, de Bertin, de Valentine,

Sous l'abri de quelques pommiers,

On voyait la double chaumine

Et des mortels hospitaliers

Sentier suivi par le fidèle

Sur le devant se dessinait ;

Fontaine à l'eau clairette et belle

Un peu plus bas les abreuvait.

Ne troublez pas de l'espérance

Le rêve douloureux ;

Prenez en pitié la souffrance

Et les peines du malheureux.

La main du temps a pu détruire

Et la chaumière et le pommier ;

Ailleurs elle a bien pu conduire

Et la fontaine et le sentier ;

Mais contre pauvre Valentine

Elle a fait d'impuissants efforts ;

Et ce coeur où l'amour domine

N'a pu franchir les sombres bords.

Ne troublez pas de l'espérance

Le rêve douloureux ;

Prenez en pitié la souffrance

Et les peines du malheureux.

Des deux amis dans leur enfance

Douce union se pressentit ;

Quand se montra l'adolescence

Autre plaisir en ressentit.

Quenouille en main, la pauvre fille

Sur le soir suivait le sentier ;

Avant de rentrer en famille

On se parlait sur le pommier.

Ne troublez pas de l'espérance

Le rêve douloureux ;

Prenez en pitié la souffrance

Et les peines du malheureux.

Par double promesse on s'engage

On ne craint plus de contre-temps ;

L'heureux Bertin vient du village.

On l'a dispensé de deux bans.

D'un ciel affreux bravant la foudre

La foudre écrase le mortel.

Son corps tout noir n'est plus que poudre.

L'âme est au sein de l'Eternel.

Ne troublez pas de l'espérance

Le rêve douloureux ;

Prenez en pitié la souffrance

Et les peines du malheureux.

Qui le croira ! Ses tristes restes,

Au seuil du temple présentés,

N'obtiennent que des mots funestes,

Avec dédain, sont rebutés !...

Sur le côté de sa chaumière

On voit brûler pâle flambeau.

Quel autre accueil ! Quelle prière !

D'un des amis c'est le tombeau.

Ne troublez pas de l'espérance

Le rêve douloureux ;

Prenez en pitié la souffrance

Et les peines du malheureux.

Mais de la pauvre Valentine

Qui peut décrire le tourment !

Son cœur se brise, elle se mine

Sur la tombe de son amant.

De pleurs elle est toute baignée ;

Mais tout à coup son œil tarit,

Son âme est calme et résignée,

Même à sa mère elle sourit.

Ne troublez pas de l'espérance

Le rêve douloureux ;

Prenez en pitié la souffrance

Et les peines du malheureux.

Belle quenouille est dépendue ;

Chef est couvert de blanc limon ;

Robe plus blanche est revêtue ;

On prend le sentier du vallon.

On file, on avance, on écoute !...

-Minuit !...C'en est fait pour ce soir !...

Il reviendra plus tard sans doute ;

Je vais l'attendre en mon manoir.

Ne troublez pas de l'espérance

Le rêve douloureux ;

Prenez en pitié la souffrance

Et les peines du malheureux.

Pour elle Bertin vit encore,

Chez le pasteur il est resté ;

Elle l'attend avant l'aurore,

L'attend avec anxiété.

Que d'embarras pour moi, dit-elle !

Pour moi combien il a d'amour !

Des vrais amants c'est le modèle,

Patientons sur son retour.

Ne troublez pas de l'espérance

Le rêve douloureux ;

Prenez en pitié la souffrance

Et les peines du malheureux.

Elle est sans soin pour le ménage,

Bertin toujours est attendu ;

Rien, dans le jour, ne la soulage,

Le pré, la nuit, est parcouru.

Un soir, enfin, toute interdite,

Elle s'en vient, frappe au pourpris,

Et meurt en disant qu'on la gîte

Dans le tombeau des Bons Amis.

Ne troublez pas de l'espérance

Le rêve douloureux ;

Prenez en pitié la souffrance

Et les peines du malheureux.

Mais, ô prodige ! Valentine,

Toutes les lunes, vers minuit,

Avec quenouille et blanche hermine,

Dans le grand pré se reproduit.

Bien lentement elle chemine

Et semble attendre son Bertin…

Prions pour pauvre Valentine

Dieu nous préserve de sa fin !

Ne troublez pas de l'espérance

Le rêve douloureux ;

Prenez en pitié la souffrance

Et les peines du malheureux. »

Source : AD 71 - J 319

Communiqué par Sylvie Monin-Badey

Le 24 septembre 2009